INFOS . Interview de Vincent Flamion par Sarah Braun pour Femmes Magazine

Quels changements avez-vous constatés dans les demandes de photographies de mariage depuis quelques années ?

Il est vrai que les souhaits des futurs mariés ont vraiment évolué les dernières années. On s’oriente ainsi de plus en plus vers des demandes plus personnalisées. La différence tient notamment du fait que les personnes sont plus renseignées. De nombreux blogs sur les mariages leur donnent matière à s’inspirer, tout comme des réseaux sociaux à l’instar de Pinterest. Souvent, ils arrivent avec une idée bien précise. C’est ensuite à moi de m’inspirer de leurs influences afin de leur proposer une esthétique en adéquation avec leurs attentes et leurs exigences.

Quelle est la tendance pour 2018 ?

On s’oriente de plus en plus vers le nature, vers des clichés épurés, presque minimalistes. Les photographies où l’on pose avec un brushing figé et un sourire ultra brite, très Dallas, ne sont plus au goût des mariés (rires) ! Quant au style d’image, les futurs mariés veulent de la spontanéité, des clichés pris sur le vif, comme des instantanés, et esthétiques

En quoi le shooting d’un mariage diffère-t-il de vos autres travaux ?

Le mariage, plus que n’importe quel moment, puise dans les sentiments. Et pour capturer les émotions qui abondent, il est impératif de bien connaître les gens pour lesquels vous travaillez. Un bon photographe se doit d’être présent tout au long de la journée, mais surtout d’être invisible. Je pense également que c’est fondamental de créer un lien avec ses clients et d’avoir (presque) le sentiment de faire partie de la famille. On apprend à se connaître en amont, on tisse des liens assez particuliers : c’est un exercice vraiment à part dans notre profession.

Cela doit vous demander beaucoup plus de temps ?

A vrai dire, on sent immédiatement si le courant passe ou non. Pour ma part, je travaille souvent pour des gens assez proches, qui habitent près de ma galerie, ou auprès de qui j’ai été recommandé. Mais une chose est sûre, l’alchimie est nécessaire pour arriver à un résultat à la hauteur de leurs espérances.

Et justement, comment bien choisir son photographe ?

C’est un truc vieu comme le monde mais je dois avouer que le bouche-à-oreille fonctionne pas mal (sourire). Les gens qui vous recommandent connaissent votre travail, vous ont vu à l’œuvre, en action. Ils savent qu’ils peuvent vous faire confiance. Le photographe de mariage pénètre véritablement dans l’intimité du couple : la confiance est donc une valeur fondamentale. Ensuite, il est important de vous assurer que le photographe s’adaptera à vos envies, sans essayer de vous vendre une espèce de package tout fait, presque copié/collé sur ses projets antérieurs. Enfin, fiez-vous au feeling. Le contact doit être facile, vous devez vous sentir bien en sa présence.

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans les photos de mariage ?

J’y retrouve toutes les composantes du métier que j’affectionne : j’aime beaucoup faire des portraits. Lorsque j’étais plus jeune, je faisais beaucoup de reportages photo, c’est une dimension que l’on retrouve dans ce genre de mission. Et puis, c’est un projet toujours challenging : il faut s’adapter au lieu, à l’inspiration. J’aime aller chercher un détail, saisir une proposition, capter une lumière, un instant. On suit les mariés sur toute une journée, voire davantage : les occasions ne manquent pas, mais il faut les saisir au vol. Chaque moment est fugace et déborde d’émotions. Tout au long de la journée, les ambiances diffèrent : on shoote tantôt des clichés de style boudoir, lors des préparatifs, par exemple, tantôt de grandes assemblées. On joue sur les compositions.

Un shooting de mariage demande d’être flexible, ultra réactif, spontané. Et endurant : c’est une prouesse physique : s’adapter aux lieux, être en éveil durant parfois 12 heures d’affilée, supporter de fortes chaleurs. Les contraintes sont nombreuses et cela demande une énergie folle ! Mais l’intensité, le résultat en valent vraiment la peine. Souvent je ne déconnecte que le mercredi ou le jeudi qui suit les noces : je repense à des détails, j’en rêve même parfois la nuit, c’est vous dire si cela me passionne (rires) !

Trois conseils pour réussir ses clichés de mariage ?

Je n’en aurais qu’un seul : l’amour est simple et gratuit. Vous n’avez pas besoin d’aller dans des endroits idylliques – comme c’est la tendance depuis quelque temps – pour réaliser des photos de type carte postale. Ce n’est pas le cadre ou les tendances qui vous assureront d’avoir les plus jolies photos. Le plus important, c’est l’émotion, comment on va appréhender le moment, vivre chacun des instants des noces. Le reste importe peu, finalement (sourire).